L’essentiel
- Une perte passée ne rend pas le pari suivant plus favorable.
- Augmenter ses mises pour récupérer de l’argent expose à perdre davantage.
- Fermer la session et éloigner les moyens de paiement aide à interrompre l’impulsion.
- Les limites, l’auto-exclusion et l’aide extérieure peuvent renforcer la protection.
Courir après ses pertes, ou vouloir « se refaire », consiste à continuer de jouer pour récupérer l’argent perdu. Cette réaction peut pousser à miser plus, à déposer de nouveau ou à jouer malgré la fatigue et le stress. La priorité est de couper la session, de ne pas chercher à récupérer la somme et de demander du soutien si l’envie de continuer persiste.
Ce que signifie vouloir « se refaire »
Après un pari perdant, la perte est déjà réelle. Pourtant, le cerveau peut la traiter comme une somme qu’il faudrait absolument récupérer avant de s’arrêter. Le joueur enchaîne alors un autre pari, parfois avec une mise plus élevée, ou change de jeu en espérant un résultat rapide.
Ce comportement ne se limite pas à augmenter les mises. Il peut aussi prendre la forme de dépôts répétés, de paris placés dans la précipitation, d’un temps de jeu qui s’allonge ou d’une tentative de « compenser » une journée difficile. La perte n’est plus acceptée comme un coût du jeu : elle devient un objectif à effacer.
La formule « je m’arrête dès que je reviens à zéro » paraît offrir une limite. Mais elle dépend d’un résultat incertain. Elle peut ainsi repousser l’arrêt de pari en pari, alors que rien ne garantit que le solde remontera.
Comment une tentative de rattrapage alourdit la perte
Voici un exemple simplifié. Une personne commence avec un solde de 100 € et perd une première mise de 20 €. Il lui reste 80 €. Elle décide alors de miser 40 €, puis encore 40 € après une deuxième défaite.
| Étape | Mise perdue | Solde restant | Perte cumulée |
|---|---|---|---|
| Départ | 0 € | 100 € | 0 € |
| Après le premier pari | 20 € | 80 € | 20 € |
| Après le deuxième pari | 40 € | 40 € | 60 € |
| Après le troisième pari | 40 € | 0 € | 100 € |
Dans cet exemple, s’arrêter après la première perte aurait laissé 80 € sur le solde. Continuer a exposé les 80 € restants. Ce tableau illustre une possibilité, pas une prédiction : une série de pertes n’est pas certaine, mais une mise perdue disparaît bien du solde.
Une cote ne protège pas contre ce mécanisme. À une cote de 1,85, une mise perdante de 40 € coûte 40 €. La cote indique un retour potentiel si le pari est gagnant, pas une probabilité de récupérer des pertes précédentes. Même un pari gagnant ne change pas le fait que les mises déjà perdues ont été engagées.
Cette escalade ressemble parfois à une martingale, une méthode qui consiste à augmenter les mises après des pertes pour tenter de récupérer la somme engagée. Elle ne supprime pas le risque : les montants nécessaires peuvent croître vite et le budget disponible reste limité. Les limites de mise et les résultats possibles de cette méthode sont détaillés dans le guide sur la martingale et ses risques.
Les émotions et les pièges de raisonnement
La frustration, la colère, la honte ou l’anxiété peuvent rendre l’arrêt plus difficile. Certaines personnes jouent pour retrouver la sensation d’excitation ou pour ne pas penser à la perte. D’autres se disent qu’elles ont déjà tant perdu qu’il serait inutile de s’arrêter maintenant.
Ce dernier raisonnement relève du biais des coûts irrécupérables : il consiste à poursuivre une activité parce qu’on y a déjà investi du temps ou de l’argent, même si continuer risque d’aggraver la situation. Or, l’argent perdu ne revient pas simplement parce qu’on mise davantage.
Il existe aussi une illusion de contrôle : croire qu’une décision prise sous pression, une nouvelle analyse ou le choix d’une cote différente permettra de maîtriser l’issue. Un pari sportif reste incertain. Une défaite antérieure ne rend pas le prochain résultat plus favorable, et aucune stratégie ne garantit de se refaire.
Une envie pressante de rejouer, le fait de cacher ses dépenses ou de négliger ses responsabilités peuvent signaler que la pratique devient difficile à maîtriser. D’autres signes d’addiction aux jeux d’argent peuvent apparaître progressivement. Les reconnaître n’est pas un jugement : c’est une raison de chercher du soutien.
Interrompre la session sans négocier avec l’envie
Quand l’impulsion de se refaire est présente, ne cherchez pas à choisir un pari « moins risqué ». L’objectif immédiat est de créer une pause entre l’envie et l’action.
- Fermez l’application ou la page de jeu, puis éloignez le téléphone ou l’ordinateur.
- Ne faites pas de nouveau dépôt et ne cherchez pas à emprunter pour rejouer.
- Quittez l’endroit où vous pariez, si cela vous aide à interrompre le geste automatique.
- Notez le montant perdu et les sommes encore disponibles, sans les considérer comme une somme à récupérer.
- Prévenez une personne de confiance et dites-lui clairement que vous avez besoin d’aide pour ne pas rejouer aujourd’hui.
- Attendez que la tension retombe avant toute décision liée à l’argent. Une pause ne garantit pas que l’envie disparaisse, mais elle évite de décider dans l’urgence.
Pour certaines personnes, il est utile de supprimer les moyens de paiement enregistrés ou de demander à un proche de rester présent pendant la fermeture de la session. Cette aide doit être choisie librement et ne suppose pas de partager ses identifiants ou ses mots de passe.
Utiliser les outils de protection disponibles
Sur les sites de jeux agréés, des plafonds peuvent limiter les dépôts et les mises. Le plafond de dépôts sur 7 jours glissants doit être fixé avant le premier dépôt, et celui des mises avant la première mise. Ces limites s’appliquent chez un seul opérateur : elles ne regroupent pas les comptes ouverts auprès de plusieurs opérateurs. Une baisse prend effet immédiatement. Une hausse ne peut prendre effet qu’après un délai d’au moins 48 heures. Le guide pour fixer ses limites de dépôt et de mise explique leur fonctionnement.
Un plafond n’est pas un budget conseillé et ne garantit pas que les pertes resteront supportables. Si vous cherchez déjà à compenser une perte, la mesure la plus protectrice peut être de ne plus jouer plutôt que de relever une limite.
L’auto-exclusion permet de bloquer l’accès aux jeux chez un opérateur pour une durée choisie, de 24 heures à 12 mois. Elle prend effet immédiatement, mais ne s’applique qu’à cet opérateur. Vous pouvez consulter les modalités de l’auto-exclusion temporaire.
Si vous souhaitez une mesure plus large, l’interdiction volontaire de jeux gérée par l’ANJ s’applique notamment aux casinos et clubs de jeux, aux comptes sur les sites agréés et aux jeux FDJ et PMU joués avec un compte joueur. Sa durée minimale est de 3 ans et elle est renouvelée tacitement. La levée ne peut être demandée qu’après cette durée. La procédure est expliquée dans le guide sur l’interdiction volontaire de jeux.
Demander de l’aide quand l’arrêt devient difficile
Vous pouvez en parler à un proche, à un médecin ou à un professionnel de l’addictologie. Décrire les faits simplement peut aider : combien de temps vous jouez, combien vous avez dépensé, si vous avez emprunté ou si le jeu perturbe votre sommeil, votre travail ou vos relations. Le test de sa pratique de jeu peut aussi aider à faire le point, sans remplacer un avis professionnel.
Joueurs Info Service propose une écoute téléphonique au 09 74 75 13 13. L’appel est anonyme et non surtaxé. Selon les informations consultées auprès d’Evalujeu et d’Addict’Aide, la ligne est annoncée 7 jours sur 7, de 8 h à 2 h, horaires à vérifier. Vous trouverez d’autres possibilités pour trouver de l’aide quand le jeu pose problème.
Si vous avez déjà perdu de l’argent destiné au loyer, aux factures ou à l’alimentation, mettez la priorité sur ces dépenses et parlez rapidement de la situation à une personne de confiance ou à un professionnel. Chercher de l’aide n’oblige pas à tout régler en une seule fois. Il s’agit d’abord de réduire le risque que la perte s’aggrave.
Plan d’action pour aujourd’hui
- Fermez la session et ne faites aucun nouveau dépôt pour tenter de récupérer la perte.
- Éloignez-vous quelques heures des écrans et des moyens de paiement utilisés pour jouer.
- Dites à une personne de confiance ce qui s’est passé et demandez-lui de rester en contact avec vous.
- Choisissez un outil de protection adapté : limite, auto-exclusion ou interdiction volontaire.
- Si vous avez des difficultés à vous arrêter, contactez un professionnel ou Joueurs Info Service.
Vous pouvez aussi relire les principes du jeu responsable pour décider de la suite à tête reposée. La décision de ne pas tenter de se refaire protège votre budget contre une nouvelle mise incertaine.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que courir après ses pertes ?
C’est continuer à jouer dans le but de récupérer l’argent déjà perdu, souvent en augmentant les mises ou en déposant de nouveau. Le prochain pari reste incertain et ne garantit pas de compenser les pertes précédentes.
Que faire si j’ai envie de me refaire après une perte ?
Fermez la session, éloignez-vous de l’écran et ne faites pas de nouveau dépôt sous le coup de l’émotion. Prévenez une personne de confiance et prenez le temps de réfléchir à une mesure de protection adaptée.
Est-ce qu’augmenter sa mise aide à récupérer plus vite ?
Non, cela ne garantit pas de récupérer l’argent perdu et augmente la somme exposée à une nouvelle perte. Une perte passée ne rend pas le pari suivant plus favorable.
Quelle est la différence entre auto-exclusion et interdiction volontaire de jeux ?
L’auto-exclusion concerne un seul opérateur et peut durer de 24 heures à 12 mois. L’interdiction volontaire gérée par l’ANJ a une durée minimale de 3 ans et s’applique à plusieurs catégories de jeux et de comptes.
Qui appeler si le jeu devient difficile à contrôler ?
Joueurs Info Service peut être joint au 09 74 75 13 13, appel anonyme et non surtaxé. Les horaires annoncés sont de 8 h à 2 h, 7 jours sur 7, mais ils sont à vérifier.